domingo, 22 de julio de 2007

Llegó la ley

Ma première rencontre avec la Policía Federal de Buenos Aires s'était pourtant plutôt bien passée. Un soir où j'étais sorti fumer une clope au balcon, je regarde en bas et j'aperçois un corps étendu dans la rue. Un type allongé sur le dos, immobile, comme un dormeur, ou un mort. Autour, personne.

Passé le coup de flip initial, je commence à descendre. Puis je pense. On est en Amérique Latine, pas à Paris. Ici, souvent, les choses ne sont pas ce qu'elles ont l'air d'être. Entre un faux mort et un vrai piège, je peux me tromper. La créativité en matière d'aggressions et d'arnaques n'a pas vraiment de limites. Même si Buenos Aires est une ville plutôt tranquille pour le continent et que là, c'est mon instinct colombien qui revient à la surface. Alors je décide de rejeter un coup d'oeil pour voir si le mort bouge ou s'il dort encore.
Là, surprise, le mec est en train de se lever péniblement. Il fait trois pas, se balance d'avant en arrière et tombe de nouveau dans la même position. Hmm, je vois, le mort est plutôt un tueur de bouteilles... De toute façon, mort ou ivre, faux ou vrai piège, je descends. On verra bien ce qui se passe. Au moins je suis prévenu et je m'attends à tout.

C'est un vrai. Un vrai ivrogne, sauf pour un truc bizarre: il sent pas l'alcool. Mais il est bien défoncé quand même et me raconte qu'il est tombé. Il marchait et il est tombé. Là, il peut aller nulle part pour le moment et apparemment il s'est cogné la tête. Des gens passent et pressent le pas mais arrive une fille qui veut bien me filer un coup de main et utiliser son cellulaire pour appeler l'ambulance. Au bout d'un long moment, une sirène, un gyrophare, mais c'est la Federal qui arrive. Et merde, avec tout ce que j'ai entendu de mal sur eux j'ai moyennement envie de faire leur connaissance. Il y a même eu des films et ils passent pour être l'une des polices les plus corrompues du monde.

Mais bon, ça se passe plutôt bien. Ils sont sympas même, avec moi et avec Juan, le mort alcoolique. Ils me disent que j'ai bien fait d'appeler parce que le mec serait mort à passer la nuit sur le trottoir avec ce froid et ils attendent l'ambulance avec moi. L'un d'eux a des ancêtres français et décolle son insigne avec son nom pour me prouver ses origines. Il est fier parce qu'apparement son grand-père était un boxeur connu en France, à l'époque. Je me souviens plus du nom.


C'est quand l'ambulance arrive que les choses se gâtent pour Juan parce que les mecs de l'ambulance, eux, sont pas du tout sympas. Et les infirmiers lui font un interrogatoire complet, alors que les flics, curieusement, ont l'air de s'en foutre. Heureusement pour lui, ça ne dure pas trop longtemps parce que son histoire est tellement incohérente qu'ils finissent par laisser tomber. Il dit qu'il est tombé parce des mecs l'ont chopé et l'ont frappé. Seulement, ça se serait passé dimanche, et là, on est mardi soir... Quand l'ambulancier lui demande ce qu'il prend pour se mettre dans cet état, il explique que c'est de l'alcool pur dilué avec de l'eau, de l'alcool de pharmacie. A peu près un litre par jour. Putain, il est grave. Maintenant je comprends pourquoi il sentait pas l'alcool.


Au bout du compte, après avoir fini d'être antipathiques, les types de l'ambulance finissent par l'emmener, sans qu'on sache trop où et les flics aussi rentrent chez eux.



La deuxième fois, j'ai moins apprécié... En revenant de la parrilla du vendredi soir, après la capoeira, je faisais un bout du chemin à pied avec un Allemand de passage à Buenos Aires qui s'entraîne avec nous pour quelques semaines. Comme d'hab, on avait mangé, bu, fumé et finalement on revenait relativement tôt, à cause du froid, et il était 4h30. Au dernier pâté de maisons avant d'arriver à la grande avenue où je prends le colectivo et où l'Allemand habite, trois flics traversent la rue et nous appellent.
Fait chier, c'est pas vraiment le moment! On est pas trop frais, et surtout, j'ai vraiment envie de rentrer à la maison. Jusqu'à maintenant, j'ai jamais eu de problème, je sais pas si c'est parce que je me fonds dans le décor. Par contre, l'Allemand, je l'aime bien mais il a vraiment une tête d'Allemand...

Il y deux flics en uniforme et un en civil, avec un chien et une matraque. Ils veulent contrôler nos papiers, très bien, sauf que l'Allemand n'a rien sur lui et moi j'ai une photocopie du passeport mais sans copie de la page où j'ai le dernier tampon qui me donne encore droit à trois mois ici... 'Vous savez qu'en Argentine on ne peut pas se promener comme ça sans papiers et qu'on peut vous emmener au commissariat, etc.' Oui, oui, on sait putain.
En fait c'est comme partout, tu peux très bien te promener comme tu veux, jusqu'à ce que les flics viennent te casser les couilles. Donc après la leçon de morale, qui dure tellement longtemps que je suis sur le point de lui dire: c'est bon emmène nous au commissariat, au moins il fait chaud là bas et après tu nous racontes tout ça, ils décident de nous fouiller.

Poche par poche, ils regardent partout, sortent toutes les affaires des sacs, palpent sous les bras, les jambes et prennent leur temps. Apparemment ils n'ont que ça à faire, eux. Le seul truc qui me gêne un peu, c'est qu'en faisant ça, ils ont vu tout ce qu'on avait sur nous, même si aucun de nous n'a rien d'illégal. Et je ne vois pas trop où ils veulent en venir parce que je me rends compte que le mec voit bien qu'on est clean et qu'il va rien trouver.


Alors il recommence avec la morale sur les papiers et je lui dis 'Ecoute, ok, tu as raison, ici comme dans n'importe quel pays il faut sortir avec ses papiers et je sais que tu peux me contrôler, c'est normal, tu fais ton boulot; mais franchement, je préfère venir au commissariat avec toi, passer quatre heures là bas et que tu fasses les vérifications plutôt que de sortir tous les jours avec mon passeport, le perdre ou me le faire voler, et ensuite aller passer quatre heures à l'ambassade et en plus payer une fortune pour refaire un nouveau. Alors je sais que je risque d'être contrôlé et que je peux aller au poste, mais sincèrement, je préfère encore ça, parce qu'en plus je sais que j'ai rien à me reprocher.' Je lui dis ça gentiment et le mec finit par me dire 'ok, je vois bien que vous êtes des types tranquilles, j'ai de l'expérience dans la rue.' Putain, il était temps que tu t'en rendes compte!



Et là, il repart sur un nouveau sermon... En gros, ça donne: c'est très dangereux par ici (quoique ça avait l'air tranquille jusqu'à ce qu'ils apparaissent), on fait un boulot difficile justement pour que des personnes comme vous puissent se promener tranquillement, sans se faire voler (??); on gagne 800 pesos chaque mois et on est dehors toute la nuit, etc, etc. Puis il finit par dire : 'alors maintenant je peux vous demander une contribution, pour les garçons, pour pouvoir prendre un café chaud, acheter un peu d'herbe ou des cigarettes? Je ne vous force pas mais je vous le demande comme une gentillesse.'
Je comprends que c'est là où il veut en venir depuis le début et comme je ne sais pas vraiment jusqu'où peut aller ce petit jeu si je refuse, je commence a négocier le prix comme à Souk el Ahad, le marché du dimanche à Beyrouth. Il me demande 10 pesos et au bout du compte, je lui dis 4. Seulement, je n'ai pas de monnaie et pas question de lui passer un gros billet parce que je le reverrai jamais.

Alors je me tourne vers L'Allemand, qui a un petit peu de mal à suivre et me demande ce qui se passe. Je lui explique rapidement même si je sais bien que c'est quelque chose qu'il ne pourra pas comprendre ni imaginer, ça n'existe pas chez lui. Il me dit:

- 'Mais qu'est ce qu'ils veulent là?

- De l'argent. T'as quatre pesos?

- Mais pourquoi faire?

- T'as entendu ce qu'il a dit, un peu de café ou d'herbe pour les agents.

- De l'herbe??'

Et je vois son visage qui se décompose. Oh putain, pas maintenant mec!

- 'File moi juste quatre pesos. Après je t'explique.'


Le flic empoche la thune sans la moindre gêne et ils finissent par nous lâcher. On s'en tire pour l'équivalent d'un euro, ça va... On ne traîne pas non plus et passé le coin de la rue je peux enfin expliquer a l'Allemand ce qui vient d'arriver, et qu'il n'a toujours pas bien réalisé.



Après coup, je ne sais pas si c'était indispensable d'accepter. Mais comme je ne suis pas d'ici, j'ai préferé ne pas prendre le risque, surtout pour un euro. Les rats.

Ici, ça s'appelle la coima, ailleurs c'est bakchiche ou pot-de-vin. Et je dis a l'Allemand: 'l'herbe, c'est la yerba mate. Sauf malentendu. Mais je crois pas que t'aies envie de retourner lui poser la question...'




***

Pour info:
J'ai continué à mettre des photos, dans les nouveaux messages mais aussi les plus anciens. Alors n'hésitez pas à aller réviser mes histoires des semaines précédentes...

5 comentarios:

Anónimo dijo...

Cheers Lallous!

ps: la Parilla de Gemmayzé (oui elle s'appelle comme ça!!) te fait un coucou

Anónimo dijo...

Salut Siri, C'est Nam, je suis tes aventures régulièrement et j en profitais pour te saluer. Fais attention à toi et @ bientot dans une roda... Bisous ma poule

Clemence dijo...

Et au fait, un jour tu vas revenir ou pas??? ;)

Iskra dijo...

Salut Elie,

ton style de narration devient de plus en plus poétique et riche et les aventures ne manquent pas! Au fait, j'ai été pas loin (relativement) la semaine passée, j'ai fait une mission de prospective à Bogota: j'ai adoré, je me suis fait des amis et j'aimerais revenir pour des vacances. Toi c'est quand la prochaine étape? Biz!

MC dijo...

Salut Cousin,
Ils sont beaux tes messages,
Ca doit être tellement riche ce que tu vis, tellement intense. Et ce qui fait plaisir, c'est que tu en profites PLEINEMENT.
Bises d'Angleterre, moins exotique, moins folklorique, mais belle expérience aussi !
Marie-Christine
http://mcaractingi.blogspot.com