martes, 5 de junio de 2007

Más personajes

Partout où je vais, je me rends compte que la capoeira est une famille et qu'on partage un langage commun. A l'école de photo, par exemple, j'ai fini par rencontrer des gens sympas, et on commence maintenant à prendre les téléphones et à se voir en dehors des cours. A la capoeira par contre, depuis le premier jour où j'ai débarqué à une roda, un vendredi soir, ils m'ont tout de suite invité à rester avec eux et à aller manger un morceau et à boire des bières à la parrilla du coin. Depuis, c'est la même chose tous les vendredis, et j'ai jamais réussi à revenir me coucher avant 4h du mat...

Chaque fois, à la parrilla, on discute et on boit beaucoup de bière, un coup une brune, un coup une blonde, et on rigole surtout. On parle aussi de la roda. Comme dans les bistrots, on refait le match après le coup de sifflet final.



A la Parrilla de los Amigos (qui fait le coin de la rue de l'académie de capoeira), comme dans d'autres vues précedemment, il y a plein de personnages, surtout le vendredi. Mon préféré, c'est Toni, personnage inamovible de la parrilla. Il a pratiquement 70 ans, il passe sa nuit à boire là et vient tout le temps parler avec nous. Il dit que les autres vieux sont des cons et qu'ils comprennent rien. Comme il s'emmerde avec eux, il préfère venir parler avec nous. Il a aussi tenu à nous montrer que malgré son âge il était encore jeune et il s'est mis à faire des mouvements de gymnastique et à toucher ses pieds avec ses mains.

Il connaît pas mal de choses et a beaucoup vécu. Avec moi, il s'obstine à parler en français mais au fur et à mesure que les verres passent, je le comprends de moins en moins. Chaque fois, il nous invite à quelques bouteilles en promettant que ce sont les dernières et qu'il va aller se coucher.

Puis il revient nous inviter à d'autres...



Mais la plupart des personnages se trouvent autour de la table où je suis assis. Dans le groupe de capoeira aussi, comme dans les parrillas (et finalement partout, dès qu'on cherche un peu), il y a plein de personnages.


Martín, c'est le professeur, il est responsable du groupe. Comme c'est un vrai argentin et qu'il habite juste derrière la porte de verre qui sépare la maison de la salle d'entraînement, les jours de match, le cours s'interrompt à chaque but de Boca et il court comme un fou voir le ralenti à la télé... En fait, l'académie de capoeira, c'est probablement un ancien garage, avec un grand rideau de fer noir qu'on peut ouvrir l'été, et qui donne sur la rue. A l'intérieur, le sol est en carreaux noirs et blancs posés en losange et les murs jaunes ont aussi des carreaux jusqu'à mi-hauteur. Un côté de la salle a été peint en bleu et sur l'autre, celui qui est derrière la bateria de instrumentos les jours de roda, une grande fresque représente une rue du Pelourinho, à Salvador de Bahia.


Les jours de roda, on voit apparaître el Mudo, le muet. On le voit, mais on l'entend pas. Il est plutôt sympa mais si on l'appelle comme ça, c'est qu'il parle jamais. Ni pendant les entraînements, ni pendant la roda, ni quand on va boire un verre après. Mais un autre pote du groupe m'a raconté que quand il le croise sur le chat, sur internet, il n'arrête pas. Il se met à raconter des tas de choses et les écrans de texte défilent sans plus finir.


Il y a aussi Maluco, le mauvais. C'est vrai qu'il a la carrure du mauvais. Regard sombre, cheveux et barbe drus, voix grave et une bonne centaine de kilos. Il pourrait faire le méchant s'il voulait. Mais c'est le sage, le philosophe de la capoeira. Il refuse l'aggressivité inutile dans le jeu, les acrobaties sans queue ni tête, les disputes stériles avec les autres groupes, parler des autres et critiquer sans fondement. Contrairement à certains, il n'accorde pas beaucoup d'importance aux passages de cordes et de grades. L'important, pour lui, est de se sentir prêt, pas de monter les échelons le plus vite ou de se comparer. On a pas mal discuté. Probablement un repenti d'une autre époque, j'ai pensé. A raison. C'est un de ceux que j'aime le plus, il a un bon fond et il connaît la vie.



Mais le plus étonnant de tous, c'est un type d'une cinquantaine d'années. Un grand bonhomme, pratiquement chauve et un peu costaud, qui se débrouille pas mal dans le jeu mais ne s'encombre pas de trop de subtilité. Dès qu'il peut, il rentre dedans.

On avait déjà discuté un peu, mais l'autre jour je me suis retrouvé assis près de lui à la parrilla où on boit des bières le vendredi soir. Il m'a raconté comment il a connu la capoeira au Brésil, et comment il a eu un coup de coeur. A son retour en Argentine, il a commencé immédiatement. Il a 47 ans et ça fait bientôt sept ans qu'il s'entraîne. Quand je lui ai dit mon âge, il a levé son verre et il m'a dit tout content "ahh, pero sos un viejo de mierda!". Tout de suite, il se sentait moins seul. Merci mon pote...


Ensuite il m'a demandé ce que je faisais dans la vie. J'ai raconté. Et je lui demande,


- Et toi?


- Je suis père.


J'ai pensé "et alors? et si à 47 ans il a pas encore d'enfants, quand est-ce qu'il pense en avoir?" Il a dû voir ma tête parce qu'il a rajouté:


- Père, je veux dire, prêtre.


Et là, heureusement que j'étais assis... Moi je croyais qu'on l'appelait o Pai parce qu'il était de l'âge d'être le père de la plupart des gens du groupe...



Il faut le voir pour le croire, c'est un vrai personnage. Les autres m'ont raconté qu'il organise même des rodas sur le parvis de son église, et depuis peu, il a réquisitionné la salle à manger de la paroisse pour donner un cours de capoeira le lundi après-midi. Après la roda du vendredi, il gare son vieux break devant la terrasse de la parrilla, il baisse les vitres et met son autoradio à fond pendant qu'il mange une bonne portion de steak et enchaîne bière sur bière.


Une fois où le Pai était resté tard et qu'il n'avait pas sa voiture, il se sert encore une bière et voit arriver au bout de la rue son colectivo. Et là, il saute comme un fou, avale d'un coup les trois quarts de la bière et commence à courir dans la rue en hurlant. Puis il se poste au milieu de la route, les bras en croix, en criant au chauffeur de s'arrêter.

Le pauvre type fait de son mieux et le Pai se jette sur le côté et attrape la porte du bus au vol. C'est vrai que son colectivo passe pas très souvent, mais bon... Même moi je sais que c'est dangereux! Le pire, c'est que le colectivo a à peine le temps de redémarrer que le Pai saute de nouveau en dehors en courant.
Il avait bien sûr oublié son sac...

Le chauffeur, visiblement soulagé de voir redescendre ce passager excité, en a profité pour partir vite fait, et le Pai a dû revenir, la tête basse, se rasseoir à la table où il s'est consolé en terminant sa bière. Bien sûr, pendant que tout le monde se mettait à le charrier et à l'imiter de nouveau au milieu de la rue en faisant de grands signes de croix et en criant:

"Au nom de Dieu, je t'ordonne de t'arrêter!! Au nom de Dieu et par le Saint-Esprit, arrête ce bus tout de suite!!!"

5 comentarios:

Anónimo dijo...

Le plus original de tous (n')est pas celui que l'on croit !

el papa...

Anónimo dijo...

Ah, toujours aussi sympa tes petites histoires...continue à faire de belles rencontres et un vendredi soir fais une photo à la parilla;-)

Anónimo dijo...

lol les argentins c cool ca donne envie de partir labas en tt cas continu a bosser ta capoeira et a remplir ta valise d'experience de roda
axe camara
cri de boeuf berraboi

Anónimo dijo...

Hey...C'est comme les séries une fois qu'on y a goûté on est accro !!!! Elle est où la suite....???? je veux encore me régaler...d'autres aventures s'il vous plait... el pequena

Clemence dijo...

Encore!