martes, 24 de abril de 2007

Mi parrilla

J'ai un peu honte, ça fait même pas un mois que je suis là et hier soir je me suis retrouvé au McDo... ça faisait des années que j'y étais pas pas allé, c'est contre mes principes, et surtout au pays de la meilleure viande du monde (c'est vrai, j'ai goûté). Mais j'ai rencontré trois filles du cours de photo qui allaient là bas et qui m'ont demandé si je voulais venir, alors... Des fois il faut être ouvert d'esprit! Mais j'avoue que j'ai jamais vu des filles aussi excitées à l'idée d'aller au McDo, c'est bizarre.

Sinon, je vais à la parrilla. La parrilla, c'est l'endroit où on fait des grillades. Des fois, quand je reviens tard de la capoeira et que j'ai la dalle, c'est là que je vais manger un bon morceau de viande. Ma parrilla, elle est tout près de la chambre où j'habite, elle fait le coin de la rue. Je l'aime bien, ma parrilla.
Il y a quelques tables sur le trottoir, d'où on voit les chauffeurs de taxi moustachus s'arrêter au feu rouge et regarder, ou bien les jeunes en Fiat 127 tunée ( un modèle dont personne ne se souvient qui a succédé à la Fiat 500), avec des néons verts, bleus ou violets qui flashent sur l'asphalte. Au coin de la rue, on voit aussi les colectivos, ces vieux bus rouillés qui passent dans un vacarme assourdissant (il y a des maisons qui se sont effondrées à cause de ça).

Ma parrilla, c'est une petite parrilla de quartier sans prétention, il n'y a même pas le nom sur la tenture. C'est une tenture vert-gris, toute trouée, qui laisse passer les gouttes de pluie, mais c'est pas grave parce qu'ici, il ne pleut pas, normalement. Sauf depuis que le monde est devenu anormal...
Ma parrilla, elle est pleine de personnages. Je les aime bien ces personnages, aussi. Il y a le flaco, grand et maigre, un peu édenté, avec les cheveux longs. Il est sympa, le flaco, avec son air un peu trop fier de porteño, les Argentins de Buenos Aires. Il y a aussi Andrés, le vieux, gros, chauve, au pas lourd qui est le préposé à la parrilla (c'est aussi le nom de la grille où cuit la viande), installée au milieu de la salle, à la différence du reste de la cuisine. Il parle peu, presque timide quand il doit demander quelque chose et presque bourru quand on lui dit que la viande était bonne, se contentant de répondre avec un simple 'oui'. Mais il fait admirablement bien les grillades.
Il y a le chat, qui énerve les gros chiens que les voisines en talons ont beaucoup de mal à retenir, sur le trottoir défoncé. Le chat, Leti le déteste d'ailleurs. Leti, c'est la jeune serveuse, efficace, mais toujours pressée, même quand elle discute avec toi ou quand tu vas lui donner le pourboire. A fond dans son job, mais sympa. L'autre serveuse, qui a la grippe et qui fait tomber un plat sur deux quand elle débarrasse, je connais pas son nom.

Ma parrilla, elle n'a pas vraiment d'horaire, on sert les gens tant qu'ils arrivent ou bien jusqu'à ce que le vieux Andrés se fatigue et sorte fumer clope sur clope, effondré sur une chaise, sur le trottoir, pour retarder le moment où il doit aller nettoyer la parrilla. Les clients qui sont dedans rigolent fort et parlent avec les mains. Pour se dire au revoir, c'est une bise sur la joue, aussi bien pour les hommes que les femmes. Ça atterrait mon ami Lua qui me disait 'qu'est-ce que c'est que ce pays de pédés, au Brésil les hommes ils s'embrassent pas, au plus un abraço, et encore, pas tous les jours!'

A l'intérieur de ma parrilla, il y a une photo de toute l'équipe de River Plate, dédicacée par les joueurs pour le personnel de la parrilla. Fin de la discussion football. C'est comme une profession de foi. Et tant pis si les clients qui préfèrent Boca Juniors ne viendront jamais. C'est comme PSG-OM, en cent fois pire.
Quand c'est bientôt l'heure de fermer, ils commencent à mettre des chansons populaires au son du bandonéon (petit accordéon) et enfin des rythmes plus tropicaux comme des vallenatos ou du merengue.
Ma parrilla, finalement, elle n'est pas très différente des autres parrillas, elle n'a rien de spécial. Mais elle est au coin de la rue et je l'aime bien.

martes, 10 de abril de 2007

La camiseta cubana

Cuba! Cuba! Cuba! el pueblo te saluda!

Hmm, ça faisait quelque temps qu'on ne m'avait pas dit ça... Dans le sac de sport que j'ai fini par récupérer, sans vouloir me répéter, il y avait un t-shirt cubain (ceux qui me l'ont offert se reconnaitront tout de suite, je les aime beaucoup). Et ce t-shirt est magique. C'est un t-shirt pour se faire des amis (parfois des ennemis), mais ça marche à tous les coups. Que je le mette à Paris, à Barcelone, à Beyrouth ou à Buenos Aires, il y a toujours des réactions. Plutôt sympa, bien sûr, il faut pas oublier que j'ai une bonne tête. Un sourire, une bise, une bière, je repars toujours avec quelque chose.


Bon, cette fois-ci j'ai rencontré Gustavo, Alejandro et le troisième compère (je sais plus comment ils s'appelle) au bord d'un trottoir, plus ou moins en train de demander de l'argent. Grâce au t-shirt, ils m'invitent à boire un coup et me préviennent tout de suite: "nous sommes ce qu'il y a de pire dans la société", et ils insistent, même si je leur dis que ce n'est pas forcément ceux qui l'affirment à voix haute qui sont les pires. Il y en a un qui travaille dans une pizzeria, mais traîne avec les deux autres à la pause de midi. Il y en a un qui fait un peu la manche au feu rouge pour payer sa petite chambre. Et un qui ramasse plus de fric que tous les autres réunis parce qu'il est grande gueule, un peu clown, toujours en train de parler, c'est le seul à avoir un cellulaire.
La crise argentine de 2001 c'est ça aussi, les frontières entre les niveaux de la société sont un peu brouillées, la classe moyenne a souffert et un type peut se retrouver dehors mais toujours avec son boulot et son cellulaire.

Ensuite, je suis allé au parc sur la place Malabia, dans le quartier Palermo où j'ai l'école de photo. Il y avait un groupe de musiciens qui jouait des chansons mexicaines, de Chavela Vargas et d'autres rancheras. Je me suis assis et j'ai écouté.
Puis est arrivé Lua, de Rio de Janeiro avec son pandeiro. On a discuté et ensuite on a joué avec les musiciens. Lua, c'est aussi un mec marrant. Très extraverti, avec un accent brésilien meilleur que Chico, il est capable de raconter trois histoires différentes en même temps pendant qu'il parle avec son être supérieur (environ 3 signes de croix en 15 secondes). Apparemment, il est tellement amoureux des argentines qu'il ne va plus rentrer au Brésil. Moi, j'irais voir les deux avant de me décider... Après la musique, on a bu du maté offert par des jeunes cordobesas (province de Cordoba, au centre de l'Argentine) du style qui rendait fou mon ami Lua. Mais elles étaient vraiment jeunes, très jeunes (je peux pas dire ici), on n'a fait que boire du maté... Sinon, avec Lua, j'ai connu toutes les vendeuses de collier et de bracelets de la place, j'ai traîné sous l'échangeur et le pont de la voie ferrée où il cherchait un mec qui pourrait lui vendre un peu d'herbe et pour finir, il voulait m'emmener dans une soirée dans un endroit brésilien.


En temps normal, je serais allé, mais là j'avoue que je commençais à en avoir un peu marre de traîner dehors et j'avais peur du plan loose du mardi soir. J'avais faim aussi, et il fallait que je parle à la fille de la pension pour prolonger ma réservation. Mais je pense que je rappellerai Lua un de ces jours.

Il y a des jours comme ça qui sont faits pour traîner. On peut pas faire grand chose, à part se laisser dériver. Mais toujours en état d'alerte...

Cuba! Cuba! Cuba! la lucha continua.