domingo, 22 de julio de 2007

Llegó la ley

Ma première rencontre avec la Policía Federal de Buenos Aires s'était pourtant plutôt bien passée. Un soir où j'étais sorti fumer une clope au balcon, je regarde en bas et j'aperçois un corps étendu dans la rue. Un type allongé sur le dos, immobile, comme un dormeur, ou un mort. Autour, personne.

Passé le coup de flip initial, je commence à descendre. Puis je pense. On est en Amérique Latine, pas à Paris. Ici, souvent, les choses ne sont pas ce qu'elles ont l'air d'être. Entre un faux mort et un vrai piège, je peux me tromper. La créativité en matière d'aggressions et d'arnaques n'a pas vraiment de limites. Même si Buenos Aires est une ville plutôt tranquille pour le continent et que là, c'est mon instinct colombien qui revient à la surface. Alors je décide de rejeter un coup d'oeil pour voir si le mort bouge ou s'il dort encore.
Là, surprise, le mec est en train de se lever péniblement. Il fait trois pas, se balance d'avant en arrière et tombe de nouveau dans la même position. Hmm, je vois, le mort est plutôt un tueur de bouteilles... De toute façon, mort ou ivre, faux ou vrai piège, je descends. On verra bien ce qui se passe. Au moins je suis prévenu et je m'attends à tout.

C'est un vrai. Un vrai ivrogne, sauf pour un truc bizarre: il sent pas l'alcool. Mais il est bien défoncé quand même et me raconte qu'il est tombé. Il marchait et il est tombé. Là, il peut aller nulle part pour le moment et apparemment il s'est cogné la tête. Des gens passent et pressent le pas mais arrive une fille qui veut bien me filer un coup de main et utiliser son cellulaire pour appeler l'ambulance. Au bout d'un long moment, une sirène, un gyrophare, mais c'est la Federal qui arrive. Et merde, avec tout ce que j'ai entendu de mal sur eux j'ai moyennement envie de faire leur connaissance. Il y a même eu des films et ils passent pour être l'une des polices les plus corrompues du monde.

Mais bon, ça se passe plutôt bien. Ils sont sympas même, avec moi et avec Juan, le mort alcoolique. Ils me disent que j'ai bien fait d'appeler parce que le mec serait mort à passer la nuit sur le trottoir avec ce froid et ils attendent l'ambulance avec moi. L'un d'eux a des ancêtres français et décolle son insigne avec son nom pour me prouver ses origines. Il est fier parce qu'apparement son grand-père était un boxeur connu en France, à l'époque. Je me souviens plus du nom.


C'est quand l'ambulance arrive que les choses se gâtent pour Juan parce que les mecs de l'ambulance, eux, sont pas du tout sympas. Et les infirmiers lui font un interrogatoire complet, alors que les flics, curieusement, ont l'air de s'en foutre. Heureusement pour lui, ça ne dure pas trop longtemps parce que son histoire est tellement incohérente qu'ils finissent par laisser tomber. Il dit qu'il est tombé parce des mecs l'ont chopé et l'ont frappé. Seulement, ça se serait passé dimanche, et là, on est mardi soir... Quand l'ambulancier lui demande ce qu'il prend pour se mettre dans cet état, il explique que c'est de l'alcool pur dilué avec de l'eau, de l'alcool de pharmacie. A peu près un litre par jour. Putain, il est grave. Maintenant je comprends pourquoi il sentait pas l'alcool.


Au bout du compte, après avoir fini d'être antipathiques, les types de l'ambulance finissent par l'emmener, sans qu'on sache trop où et les flics aussi rentrent chez eux.



La deuxième fois, j'ai moins apprécié... En revenant de la parrilla du vendredi soir, après la capoeira, je faisais un bout du chemin à pied avec un Allemand de passage à Buenos Aires qui s'entraîne avec nous pour quelques semaines. Comme d'hab, on avait mangé, bu, fumé et finalement on revenait relativement tôt, à cause du froid, et il était 4h30. Au dernier pâté de maisons avant d'arriver à la grande avenue où je prends le colectivo et où l'Allemand habite, trois flics traversent la rue et nous appellent.
Fait chier, c'est pas vraiment le moment! On est pas trop frais, et surtout, j'ai vraiment envie de rentrer à la maison. Jusqu'à maintenant, j'ai jamais eu de problème, je sais pas si c'est parce que je me fonds dans le décor. Par contre, l'Allemand, je l'aime bien mais il a vraiment une tête d'Allemand...

Il y deux flics en uniforme et un en civil, avec un chien et une matraque. Ils veulent contrôler nos papiers, très bien, sauf que l'Allemand n'a rien sur lui et moi j'ai une photocopie du passeport mais sans copie de la page où j'ai le dernier tampon qui me donne encore droit à trois mois ici... 'Vous savez qu'en Argentine on ne peut pas se promener comme ça sans papiers et qu'on peut vous emmener au commissariat, etc.' Oui, oui, on sait putain.
En fait c'est comme partout, tu peux très bien te promener comme tu veux, jusqu'à ce que les flics viennent te casser les couilles. Donc après la leçon de morale, qui dure tellement longtemps que je suis sur le point de lui dire: c'est bon emmène nous au commissariat, au moins il fait chaud là bas et après tu nous racontes tout ça, ils décident de nous fouiller.

Poche par poche, ils regardent partout, sortent toutes les affaires des sacs, palpent sous les bras, les jambes et prennent leur temps. Apparemment ils n'ont que ça à faire, eux. Le seul truc qui me gêne un peu, c'est qu'en faisant ça, ils ont vu tout ce qu'on avait sur nous, même si aucun de nous n'a rien d'illégal. Et je ne vois pas trop où ils veulent en venir parce que je me rends compte que le mec voit bien qu'on est clean et qu'il va rien trouver.


Alors il recommence avec la morale sur les papiers et je lui dis 'Ecoute, ok, tu as raison, ici comme dans n'importe quel pays il faut sortir avec ses papiers et je sais que tu peux me contrôler, c'est normal, tu fais ton boulot; mais franchement, je préfère venir au commissariat avec toi, passer quatre heures là bas et que tu fasses les vérifications plutôt que de sortir tous les jours avec mon passeport, le perdre ou me le faire voler, et ensuite aller passer quatre heures à l'ambassade et en plus payer une fortune pour refaire un nouveau. Alors je sais que je risque d'être contrôlé et que je peux aller au poste, mais sincèrement, je préfère encore ça, parce qu'en plus je sais que j'ai rien à me reprocher.' Je lui dis ça gentiment et le mec finit par me dire 'ok, je vois bien que vous êtes des types tranquilles, j'ai de l'expérience dans la rue.' Putain, il était temps que tu t'en rendes compte!



Et là, il repart sur un nouveau sermon... En gros, ça donne: c'est très dangereux par ici (quoique ça avait l'air tranquille jusqu'à ce qu'ils apparaissent), on fait un boulot difficile justement pour que des personnes comme vous puissent se promener tranquillement, sans se faire voler (??); on gagne 800 pesos chaque mois et on est dehors toute la nuit, etc, etc. Puis il finit par dire : 'alors maintenant je peux vous demander une contribution, pour les garçons, pour pouvoir prendre un café chaud, acheter un peu d'herbe ou des cigarettes? Je ne vous force pas mais je vous le demande comme une gentillesse.'
Je comprends que c'est là où il veut en venir depuis le début et comme je ne sais pas vraiment jusqu'où peut aller ce petit jeu si je refuse, je commence a négocier le prix comme à Souk el Ahad, le marché du dimanche à Beyrouth. Il me demande 10 pesos et au bout du compte, je lui dis 4. Seulement, je n'ai pas de monnaie et pas question de lui passer un gros billet parce que je le reverrai jamais.

Alors je me tourne vers L'Allemand, qui a un petit peu de mal à suivre et me demande ce qui se passe. Je lui explique rapidement même si je sais bien que c'est quelque chose qu'il ne pourra pas comprendre ni imaginer, ça n'existe pas chez lui. Il me dit:

- 'Mais qu'est ce qu'ils veulent là?

- De l'argent. T'as quatre pesos?

- Mais pourquoi faire?

- T'as entendu ce qu'il a dit, un peu de café ou d'herbe pour les agents.

- De l'herbe??'

Et je vois son visage qui se décompose. Oh putain, pas maintenant mec!

- 'File moi juste quatre pesos. Après je t'explique.'


Le flic empoche la thune sans la moindre gêne et ils finissent par nous lâcher. On s'en tire pour l'équivalent d'un euro, ça va... On ne traîne pas non plus et passé le coin de la rue je peux enfin expliquer a l'Allemand ce qui vient d'arriver, et qu'il n'a toujours pas bien réalisé.



Après coup, je ne sais pas si c'était indispensable d'accepter. Mais comme je ne suis pas d'ici, j'ai préferé ne pas prendre le risque, surtout pour un euro. Les rats.

Ici, ça s'appelle la coima, ailleurs c'est bakchiche ou pot-de-vin. Et je dis a l'Allemand: 'l'herbe, c'est la yerba mate. Sauf malentendu. Mais je crois pas que t'aies envie de retourner lui poser la question...'




***

Pour info:
J'ai continué à mettre des photos, dans les nouveaux messages mais aussi les plus anciens. Alors n'hésitez pas à aller réviser mes histoires des semaines précédentes...

domingo, 24 de junio de 2007

Great balls of fire

Hier, je suis allé à Ciudad Oculta, la ville cachée. Ciudad Oculta, c'est une des pires favelas de Buenos Aires. Encore un bon plan du Pai...


19.30, rendez-vous devant l'église, Renault 21 break chargé, allez montez les neveux, et on démarre. A neuf entassés dans le break, on est moins nombreux qu'une équipe de foot mais finalement c'est comme si on avait pris deux cartons rouges!

La Pai-mobile démarre péniblement et se balance d'avant en arrière mais avec un caxixi coincé entre le tableau de bord et le pare-brise et du reggae brésilien dans les enceintes, on se croirait presque dans une croisière tropicale. 'Liberdade pra dentro da cabeça', chante Natiruts. Il a raison, c'est le plus important. La liberté, c'est dans la tête...


C'est le soir de la Saint-Jean, et pour la première fois, les gens de la Ciudad Oculta ont décidé d'organiser une petite fête populaire. Le Pai a reçu un coup de fil pour savoir s'il voulait venir avec quelques capoeiristes pour faire une démonstration. Et nous voilà.


La particularité de Ciudad Oculta, c'est qu'elle est dans Buenos Aires, contrairement à toutes les autres favelas ou quartiers défavorisés (ici ils appellent ça villa). Elle s'étend sur tout un quartier et on y accède par des ruelles qui ressemblent à des impasses mais qui n'en sont pas. Il y a du monde qui traìne dans la rue, avec un air pas franchement rassurant, et comme des montagnes d'ordures à chacune des entrées de la villa.


A quelques coins de rue de l'entrée d'Oculta, apparaît Soeur Ilsa. Elle habite là-bas et c'est un des contacts du Pai sur place. Allez Soeur Ilsa, dans le coffre, avec tout le monde et on redémarre! Maintenant on est dix dans l'équipe du Pai, on commence à avoir des chances de le gagner, ce putain de match!


Une fois sur place, on assiste à une typique fête de village. Il y a comme un espace ouvert, une sorte de terrain de football unique poumon entre toutes les petites maisons entassées les unes sur les autres, dans un amas de briques et de tôle. L'unique route asphaltée nous mène là, et pour leur première fête de Saint-Jean, ils ont improvisé une petite estrade et quelques stands qui vendent à boire et a manger. Des enfants en costume dansent la chacarera ou des danses paraguayennes. Même pour ceux qui sont venus avec moi, c'est comme un voyage à l'étranger, on se regarde tous avec des regards étonnés avant de comprendre que la présentatrice au micro parle en guaraní. Après, un type traduit en espagnol. C'est que dans la villa, beaucoup viennent du Paraguay, et de Bolivie aussi.

Il y a aussi une murga, une sorte de défilé avec des tambours, des costumes et des danses qui fait beaucoup penser à un carnaval de Louisiane (si vous êtes jamais allé en Louisiane, faites comme moi, imaginez; sinon, c'est comme une murga...). Et aussi des personnages déguisés avec des masques qui s'appellent les cambás. Ils sont chargés de mettre l'ambiance et courent dans tous les sens pour animer le public. Ils s'arrêtent aussi chaque quelque temps pour se jeter les uns sur les autres et faire des trucs obscènes ou montrer leur cul et crier des cochonneries. Personne n'a réussi exactement à nous expliquer d'où venait la tradition de ces personnages, mais un ami prêtre du Pai, de la villa, nous a dit, un peu gêné, 'c'est pas qu'ils exagèrent quand ils font ce genre de choses, c'est justement ça la tradition'.


La fête est plutôt bon enfant, tout le monde n'arrête pas de nous dire, en partant d'une bonne intention, 'aujourd'hui vous ne risquez rien, c'est un jour de fête'... Il n'y a que les gamins, qui sont un peu incontrôlables et qui s'amusent à lancer des pierres et des pétards sur les gens et les stands de nourriture, malgré les supplications du responsable, en guaraní et en espagnol.

La seule chose qui nous paraît vraiment surréaliste, c'est de voir dans le fond des hordes de gamins qui courent derrière une sorte de ballon enflammé. La balle va, vient, monte, tout d'un coup disparaît entre les enfants et ressort d'un coup de pied au loin. Des fois, elle se rapproche dangereusement du public, puis repart. Personne de nous ne dit rien, mais ça nous met un peu mal à l'aise, ça paraît un peu fou comme jeu. Surtout qu'ils ne font aucun effort et l'envoient régulièrement sur les stands en toile qui vendent de la nourriture d'où les types sortent en courant jeter des seaux d'eau.

Il y a aussi un autre incident qui montre que l'équilibre est fragile. Deux jeunes commencent à discuter et à se chercher, un, deux coups de poing partent, et un des mecs hésite avant de partir en courant s'engouffrer dans les petites ruelles de la villa. L'autre le poursuit, et en un instant ils sont quarante à lui donner la chasse. Ils reviennent ensuite par petits groupes, les mains dans les poches, en sifflotant, capuche sur la tête. Le premier, qui s'est échappé, ne réapparaît jamais...


Les ruelles, à peine de la largeur d'une personne, sont un vrai labyrinthe. L'histoire d'Oculta est surprenante. Quand l'Argentine obtient l'organisation de la Coupe du Monde, en 1978, la dictature militaire en place décide de montrer au monde un visage présentable et en plus de cacher les prisonniers politiques dans les cachots les plus profonds pour qu'on entende pas leurs cris (ils étaient torturés à quelques pas des stades où se jouaient les matchs), ils décident de clôturer le quartier le plus misérable de la capitale avec un mur d'enceinte en béton. Ainsi naît Oculta, oubliée à partir de cet instant par le reste du monde. La ville cachée devient une zone interdite, où n'entrent ni les forces de l'ordre ni les services publics, un trou noir oublié de tous derrière un mur de béton.


Malgré tout, on finit par débuter la roda, bien qu'à moitié paralysés par la longue attente dans le froid. Ce sera court. Peut-être la plus mauvaise démonstration qu'on ait fait de notre vie, mais bon... Au froid s'ajoute l'obscurité, presque totale; on esquive les coups sans vraiment savoir quoi ni comment. En plus, le sol est mou, c'est de la terre humide et à chaque appui sur les mains, on s'enfonce. Il faut aussi faire attention aux enfants ou même aux chiens qui traversent tranquillement au milieu de la roda. Plusieurs fois, on interrompt le jeu pour sauver un petit de trois ans qui vient sauter et crier parmi nous, juste entre les jambes des capoeiristes.
Mais le meilleur souvenir restera pour tous cette soudaine sensation de lumière et de chaleur intense: la boule de feu est de retour! Pendant que les gamins déchaînés se lancent au milieu de la roda à la poursuite de la boule de feu, on se remet de l'émotion et essaie de recommencer à jouer des instruments. De son côté, le présentateur est remonté sur l'estrade, au micro, pour essayer vainement de convaincre 'le responsable de la boule de feu d'éviter de la lancer sur le public'...

La surprise est passée. C'est pas grave. La roda, c'est comme la vie, elle doit continuer. On va essayer de faire de notre mieux avec les conditions qu'on a et la fête va recommencer, insh'allah. Mais très vite, la boule de feu réapparaît dans la roda. Mieux, il y en a deux. Esquiver à la fois une meia lua de compaso et une boule de feu, c'est plus de la capoeira, c'est Street Fighter... Pendant qu'une des boules (de feu) passait entre mes jambes, l'autre sifflait à un centimètre de la tête de mon compagnon de jogo, qui s'il n'avait pas déjà le crâne rasé aurait eu une excellente raison de le faire. La seule différence avec le jeu vidéo c'est qu'aucun d'entre nous n'est Ken ou Dhalsim alors on ne peut qu'éviter les boules de feu, c'est quand même un peu frustrant.

Après trois ou quatre interruptions, on se regarde et on tombe tous d'accord sans un mot: on lâche l'affaire. Les conditions sont vraiment difficiles et l'énergie est un peu retombée avec tout ça. Et comme pendant qu'on essayait de faire fonctionner cette roda les stands de nourriture on tout vendu, on n'a plus grand chose à faire ici, d'autant plus qu'il se fait tard.
Retour donc à la Pai-mobile où le Pai a eu la bonne idée de stocker quelques bouteilles de vin et même une sorte de mélange de cognac aromatisé au café. Ça tombe bien parce que rien à manger et rien à boire perdu au milieu d'Oculta, ça commence à être moins un peu moins drôle.


Alors on s'entasse de nouveau dans la voiture et cette fois c'est mon tour d'être dans le coffre, au milieu des bouteilles de vin maintenant vides et des bidons de kérosène. Le poids n'empêche visiblement pas le Pai de conduire comme Starsky et Hutch et on se met à hurler avec mes deux compagnons du coffre pour qu'il n'écrase pas un jeune d'Oculta en faisant la marche arrière.

Le type s'est sauvé à quelques centimètres, heureusement pour nous parce que là, oui, la ballade serait partie en couille. Et même si c'est vrai que le plus important c'est 'liberdade pra dentro da cabeça', je suis quand même content d'être sorti d'Oculta.


martes, 5 de junio de 2007

Más personajes

Partout où je vais, je me rends compte que la capoeira est une famille et qu'on partage un langage commun. A l'école de photo, par exemple, j'ai fini par rencontrer des gens sympas, et on commence maintenant à prendre les téléphones et à se voir en dehors des cours. A la capoeira par contre, depuis le premier jour où j'ai débarqué à une roda, un vendredi soir, ils m'ont tout de suite invité à rester avec eux et à aller manger un morceau et à boire des bières à la parrilla du coin. Depuis, c'est la même chose tous les vendredis, et j'ai jamais réussi à revenir me coucher avant 4h du mat...

Chaque fois, à la parrilla, on discute et on boit beaucoup de bière, un coup une brune, un coup une blonde, et on rigole surtout. On parle aussi de la roda. Comme dans les bistrots, on refait le match après le coup de sifflet final.



A la Parrilla de los Amigos (qui fait le coin de la rue de l'académie de capoeira), comme dans d'autres vues précedemment, il y a plein de personnages, surtout le vendredi. Mon préféré, c'est Toni, personnage inamovible de la parrilla. Il a pratiquement 70 ans, il passe sa nuit à boire là et vient tout le temps parler avec nous. Il dit que les autres vieux sont des cons et qu'ils comprennent rien. Comme il s'emmerde avec eux, il préfère venir parler avec nous. Il a aussi tenu à nous montrer que malgré son âge il était encore jeune et il s'est mis à faire des mouvements de gymnastique et à toucher ses pieds avec ses mains.

Il connaît pas mal de choses et a beaucoup vécu. Avec moi, il s'obstine à parler en français mais au fur et à mesure que les verres passent, je le comprends de moins en moins. Chaque fois, il nous invite à quelques bouteilles en promettant que ce sont les dernières et qu'il va aller se coucher.

Puis il revient nous inviter à d'autres...



Mais la plupart des personnages se trouvent autour de la table où je suis assis. Dans le groupe de capoeira aussi, comme dans les parrillas (et finalement partout, dès qu'on cherche un peu), il y a plein de personnages.


Martín, c'est le professeur, il est responsable du groupe. Comme c'est un vrai argentin et qu'il habite juste derrière la porte de verre qui sépare la maison de la salle d'entraînement, les jours de match, le cours s'interrompt à chaque but de Boca et il court comme un fou voir le ralenti à la télé... En fait, l'académie de capoeira, c'est probablement un ancien garage, avec un grand rideau de fer noir qu'on peut ouvrir l'été, et qui donne sur la rue. A l'intérieur, le sol est en carreaux noirs et blancs posés en losange et les murs jaunes ont aussi des carreaux jusqu'à mi-hauteur. Un côté de la salle a été peint en bleu et sur l'autre, celui qui est derrière la bateria de instrumentos les jours de roda, une grande fresque représente une rue du Pelourinho, à Salvador de Bahia.


Les jours de roda, on voit apparaître el Mudo, le muet. On le voit, mais on l'entend pas. Il est plutôt sympa mais si on l'appelle comme ça, c'est qu'il parle jamais. Ni pendant les entraînements, ni pendant la roda, ni quand on va boire un verre après. Mais un autre pote du groupe m'a raconté que quand il le croise sur le chat, sur internet, il n'arrête pas. Il se met à raconter des tas de choses et les écrans de texte défilent sans plus finir.


Il y a aussi Maluco, le mauvais. C'est vrai qu'il a la carrure du mauvais. Regard sombre, cheveux et barbe drus, voix grave et une bonne centaine de kilos. Il pourrait faire le méchant s'il voulait. Mais c'est le sage, le philosophe de la capoeira. Il refuse l'aggressivité inutile dans le jeu, les acrobaties sans queue ni tête, les disputes stériles avec les autres groupes, parler des autres et critiquer sans fondement. Contrairement à certains, il n'accorde pas beaucoup d'importance aux passages de cordes et de grades. L'important, pour lui, est de se sentir prêt, pas de monter les échelons le plus vite ou de se comparer. On a pas mal discuté. Probablement un repenti d'une autre époque, j'ai pensé. A raison. C'est un de ceux que j'aime le plus, il a un bon fond et il connaît la vie.



Mais le plus étonnant de tous, c'est un type d'une cinquantaine d'années. Un grand bonhomme, pratiquement chauve et un peu costaud, qui se débrouille pas mal dans le jeu mais ne s'encombre pas de trop de subtilité. Dès qu'il peut, il rentre dedans.

On avait déjà discuté un peu, mais l'autre jour je me suis retrouvé assis près de lui à la parrilla où on boit des bières le vendredi soir. Il m'a raconté comment il a connu la capoeira au Brésil, et comment il a eu un coup de coeur. A son retour en Argentine, il a commencé immédiatement. Il a 47 ans et ça fait bientôt sept ans qu'il s'entraîne. Quand je lui ai dit mon âge, il a levé son verre et il m'a dit tout content "ahh, pero sos un viejo de mierda!". Tout de suite, il se sentait moins seul. Merci mon pote...


Ensuite il m'a demandé ce que je faisais dans la vie. J'ai raconté. Et je lui demande,


- Et toi?


- Je suis père.


J'ai pensé "et alors? et si à 47 ans il a pas encore d'enfants, quand est-ce qu'il pense en avoir?" Il a dû voir ma tête parce qu'il a rajouté:


- Père, je veux dire, prêtre.


Et là, heureusement que j'étais assis... Moi je croyais qu'on l'appelait o Pai parce qu'il était de l'âge d'être le père de la plupart des gens du groupe...



Il faut le voir pour le croire, c'est un vrai personnage. Les autres m'ont raconté qu'il organise même des rodas sur le parvis de son église, et depuis peu, il a réquisitionné la salle à manger de la paroisse pour donner un cours de capoeira le lundi après-midi. Après la roda du vendredi, il gare son vieux break devant la terrasse de la parrilla, il baisse les vitres et met son autoradio à fond pendant qu'il mange une bonne portion de steak et enchaîne bière sur bière.


Une fois où le Pai était resté tard et qu'il n'avait pas sa voiture, il se sert encore une bière et voit arriver au bout de la rue son colectivo. Et là, il saute comme un fou, avale d'un coup les trois quarts de la bière et commence à courir dans la rue en hurlant. Puis il se poste au milieu de la route, les bras en croix, en criant au chauffeur de s'arrêter.

Le pauvre type fait de son mieux et le Pai se jette sur le côté et attrape la porte du bus au vol. C'est vrai que son colectivo passe pas très souvent, mais bon... Même moi je sais que c'est dangereux! Le pire, c'est que le colectivo a à peine le temps de redémarrer que le Pai saute de nouveau en dehors en courant.
Il avait bien sûr oublié son sac...

Le chauffeur, visiblement soulagé de voir redescendre ce passager excité, en a profité pour partir vite fait, et le Pai a dû revenir, la tête basse, se rasseoir à la table où il s'est consolé en terminant sa bière. Bien sûr, pendant que tout le monde se mettait à le charrier et à l'imiter de nouveau au milieu de la rue en faisant de grands signes de croix et en criant:

"Au nom de Dieu, je t'ordonne de t'arrêter!! Au nom de Dieu et par le Saint-Esprit, arrête ce bus tout de suite!!!"

lunes, 4 de junio de 2007

Get on the bus or die tryin' - 80 cent

Des nouvelles.

De Telerman? Il doit être en train de ranger ses affaires, c'etait l'élection hier et il sera pas au second tour...
De moi? Bien, je reviens d'Uruguay où j'ai passé quelques jours avec deux potes. On est allé rendre visite au groupe de capoeira Mucumbé qui nous avait invité. En quelques heures, je suis passé d'une table de restaurant de Palermo, le quartier à la mode de Buenos Aires où j'ai diné avec une écrivaine française à l'arrière du vieux scooter fatigué du mestre de Mucumbé, avec des berimbaus qui dépassent de tous les côtés, en train d'éviter les trous sur les routes du Cerro, un quartier un peu défavorisé de Montevideo.


Montevideo, c'est un village. Ça change de Buenos Aires, la mégalopole bruyante. En dehors du centre, les quartiers sont résidentiels, il y a peu de commerces de cafés et de gens. D'ailleurs, là-bas, tout va moins vite, à commencer par les voyages en colectivo, les bus. Alors qu'ici, les chauffeurs roulent comme des fous même si quand il y a de la circulation on arrive pas beaucoup plus vite, juste avec une petite envie de gerber... Les types se croient dans un jeu vidéo et quand ils roulent doucement, c'est qu'il se passe quelque chose. L'autre jour j'étais surpris du calme du chauffeur et quand j'ai regardé pour voir s'il ressemblait à un moine bouddhiste, je me suis rendu compte que le bâtard répondait à ses SMS...

Bon quelque part, je les comprends, il y a quoi craquer à voir passer toute la journée des gens qui disent ochenta. Pas bonjour, pas au revoir, ochenta. Pas merci non plus, ochenta. Des fois ça change, dos de setenta y cinco, putain fait chier, on s'était habitué à ochenta, pourquoi ils viennent demander des trucs bizarres?? Ochenta, quatre-vingt centimes, c'est le tarif standard du bus. Il y a un moins cher et un plus cher pour les trajets longs, mais presque toute la journée, le chauffeur voit monter des gens qui disent ochenta et rien d'autre. Ou alors des fois :

- Tu passes par Córdoba?

- Oui.

- Ochenta.


Alors si je suis pas pressé, je préfère aller à pied...

domingo, 6 de mayo de 2007

Telerman 2007

Jeudi 03 mai 2007, 18.00
Manifestation devant le domicile de Telerman
Les travailleurs des Centres Culturels de Quartier de Buenos Aires ont réalisé une “sérénade artistique” de protestation devant le domicile de Jorge Telerman pour dénoncer les conditions précaires dans lesquelles ils travaillent. Emmené par deux personnages montés sur des echasses, le cortège, constitué d’environ 200 participants, a réaffirmé les revendications concernant les salaires et le statut des travailleurs des centres culturels. La sérénade artistique s’est prolongée durant deux heures et les participants ont également fait référence aux cas de démissions massives de la part des enseignants travaillant dans les centres culturels du fait des bas salaires. Ils se sont mis d’accord pour revenir si leurs revendications n’étaient pas entendues.



Telerman?? Mais c’est qui ce chauve? C’est la question que je me posais déjà deux jours après être arrivé ici. Je le voyais un peu partout sur les affiches, seul ou avec des complices. Au début, j’ai pensé que c’était un présentateur de télé. Avec son crâne rond et chauve, luisant comme une boule de billard, et sa gueule d’intellectuel, il anime sûrement une emission chiante, du genre talk-show où tout le monde est assis en cercle avec les mains croisées sur le genoux. L’autre star des murs défraichis de Buenos Aires, c’est un moustachu aux cheveux épais qui a remonté les manches de sa chemise pour faire plus décontracté. Il passe certainement sur la chaine concurrente... Et puis il y a aussi une dame élégante et bourgeoise, à l’air un peu sec. Une ex-belle femme, elle se conserve encore pas trop mal mais je la verrais mieux à la radio.
Après, j'ai su que c'était la campagne électorale et que Jorge Telerman était le gouverneur actuel de Buenos Aires (c'est un peu comme le maire de la ville). Le moustachu, lui, n’est pour l’instant qu’un moustachu qui aimerait bien etre gouverneur de la ville. Et la vieille? Elle anime un talk-show à la radio, tôt le matin, entre 6h et 9h…

Bon, et Telerman, parce que c’est de lui qu’on parle, avant d’etre gouverneur, il était secrétaire à la culture de la province de Buenos Aires, responsable du programme de centres culturels de quartier. A l'époque, il avait appuyé les professeurs et les responsables des centres culturels dans leur revendications, mais il leur avait dit que seul le gouverneur pouvait faire quelque chose. Depuis, il est devenu gouverneur. Et il a oublié.
S’il avait fait de la télé, au moins, il aurait eu le prompteur…

Ici, les centres culturels de quartier sont très actifs, ils offrent plus de 100 000 ateliers différents chaque année, pour que les jeunes des quartiers puissent faire des activités comme de la musique, danse, photo, peinture, sport, cours de langue et bien sûr, capoeira. Seulement, comme les enseignants touchent le meme salaire depuis 1996 et qu’il y a eu depuis la crise de 2001 et un niveau d’inflation record, ça ne peut plus fonctionner comme ça.
La serenata artística était une manière de rafraîchir la mémoire de M. Telerman pour qu’il se rappelle qu'il est gouverneur (et pas présentateur de télé) et aussi de lui montrer le travail réalisé par les centres culturels.
Elle a d’abord commencé par une roda de capoeira, avec Martín et Matías, les deux professeurs du groupe GUETO (avec qui je m’entraine), un élève qui s’appelle Maluco et moi. Ensuite, deux élèves du centre culturel où Martín donne des cours nous ont rejoint. Il a fallu tourner pour assurer la musique, le chant et bien sur le jogo, mais le contexte était motivant, avec les caméras de television, la route coupée par la police, et le public, avec les types de la sécurité du gouverneur au premier rang devant la porte...
Ensuite, il y a eu les groupes de cirque, de flamenco, de chant et des groupes de folklore qui ont assuré le reste du spectacle.


Même si la mobilisation pour l’événement n’était pas tout à fait au rendez-vous, je dois dire que c’était un joli spectacle, avec un défilé un peu hétéroclite mais enthousiaste.
Et je ne prétends pas etre objectif, mais je crois que le plus impactant était la roda de capoeira. Pas seulement parce que c’est spectaculaire, mais parce que comme à l'origine, la capoeira reste une lutte (uma luta de liberação) et si aujourd’hui elle se pratique avant tout de manière pacifique, elle peut encore servir à défendre des causes et des combats. Pour cette raison, ça me paraissait naturel et important d’etre présent à cette roda.
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Pour info:
J'ai commencé à mettre quelques photos, dans les nouveaux messages mais aussi les anciens. Alors n'hésitez pas à aller réviser mes histoires des semaines précédentes...

martes, 24 de abril de 2007

Mi parrilla

J'ai un peu honte, ça fait même pas un mois que je suis là et hier soir je me suis retrouvé au McDo... ça faisait des années que j'y étais pas pas allé, c'est contre mes principes, et surtout au pays de la meilleure viande du monde (c'est vrai, j'ai goûté). Mais j'ai rencontré trois filles du cours de photo qui allaient là bas et qui m'ont demandé si je voulais venir, alors... Des fois il faut être ouvert d'esprit! Mais j'avoue que j'ai jamais vu des filles aussi excitées à l'idée d'aller au McDo, c'est bizarre.

Sinon, je vais à la parrilla. La parrilla, c'est l'endroit où on fait des grillades. Des fois, quand je reviens tard de la capoeira et que j'ai la dalle, c'est là que je vais manger un bon morceau de viande. Ma parrilla, elle est tout près de la chambre où j'habite, elle fait le coin de la rue. Je l'aime bien, ma parrilla.
Il y a quelques tables sur le trottoir, d'où on voit les chauffeurs de taxi moustachus s'arrêter au feu rouge et regarder, ou bien les jeunes en Fiat 127 tunée ( un modèle dont personne ne se souvient qui a succédé à la Fiat 500), avec des néons verts, bleus ou violets qui flashent sur l'asphalte. Au coin de la rue, on voit aussi les colectivos, ces vieux bus rouillés qui passent dans un vacarme assourdissant (il y a des maisons qui se sont effondrées à cause de ça).

Ma parrilla, c'est une petite parrilla de quartier sans prétention, il n'y a même pas le nom sur la tenture. C'est une tenture vert-gris, toute trouée, qui laisse passer les gouttes de pluie, mais c'est pas grave parce qu'ici, il ne pleut pas, normalement. Sauf depuis que le monde est devenu anormal...
Ma parrilla, elle est pleine de personnages. Je les aime bien ces personnages, aussi. Il y a le flaco, grand et maigre, un peu édenté, avec les cheveux longs. Il est sympa, le flaco, avec son air un peu trop fier de porteño, les Argentins de Buenos Aires. Il y a aussi Andrés, le vieux, gros, chauve, au pas lourd qui est le préposé à la parrilla (c'est aussi le nom de la grille où cuit la viande), installée au milieu de la salle, à la différence du reste de la cuisine. Il parle peu, presque timide quand il doit demander quelque chose et presque bourru quand on lui dit que la viande était bonne, se contentant de répondre avec un simple 'oui'. Mais il fait admirablement bien les grillades.
Il y a le chat, qui énerve les gros chiens que les voisines en talons ont beaucoup de mal à retenir, sur le trottoir défoncé. Le chat, Leti le déteste d'ailleurs. Leti, c'est la jeune serveuse, efficace, mais toujours pressée, même quand elle discute avec toi ou quand tu vas lui donner le pourboire. A fond dans son job, mais sympa. L'autre serveuse, qui a la grippe et qui fait tomber un plat sur deux quand elle débarrasse, je connais pas son nom.

Ma parrilla, elle n'a pas vraiment d'horaire, on sert les gens tant qu'ils arrivent ou bien jusqu'à ce que le vieux Andrés se fatigue et sorte fumer clope sur clope, effondré sur une chaise, sur le trottoir, pour retarder le moment où il doit aller nettoyer la parrilla. Les clients qui sont dedans rigolent fort et parlent avec les mains. Pour se dire au revoir, c'est une bise sur la joue, aussi bien pour les hommes que les femmes. Ça atterrait mon ami Lua qui me disait 'qu'est-ce que c'est que ce pays de pédés, au Brésil les hommes ils s'embrassent pas, au plus un abraço, et encore, pas tous les jours!'

A l'intérieur de ma parrilla, il y a une photo de toute l'équipe de River Plate, dédicacée par les joueurs pour le personnel de la parrilla. Fin de la discussion football. C'est comme une profession de foi. Et tant pis si les clients qui préfèrent Boca Juniors ne viendront jamais. C'est comme PSG-OM, en cent fois pire.
Quand c'est bientôt l'heure de fermer, ils commencent à mettre des chansons populaires au son du bandonéon (petit accordéon) et enfin des rythmes plus tropicaux comme des vallenatos ou du merengue.
Ma parrilla, finalement, elle n'est pas très différente des autres parrillas, elle n'a rien de spécial. Mais elle est au coin de la rue et je l'aime bien.

martes, 10 de abril de 2007

La camiseta cubana

Cuba! Cuba! Cuba! el pueblo te saluda!

Hmm, ça faisait quelque temps qu'on ne m'avait pas dit ça... Dans le sac de sport que j'ai fini par récupérer, sans vouloir me répéter, il y avait un t-shirt cubain (ceux qui me l'ont offert se reconnaitront tout de suite, je les aime beaucoup). Et ce t-shirt est magique. C'est un t-shirt pour se faire des amis (parfois des ennemis), mais ça marche à tous les coups. Que je le mette à Paris, à Barcelone, à Beyrouth ou à Buenos Aires, il y a toujours des réactions. Plutôt sympa, bien sûr, il faut pas oublier que j'ai une bonne tête. Un sourire, une bise, une bière, je repars toujours avec quelque chose.


Bon, cette fois-ci j'ai rencontré Gustavo, Alejandro et le troisième compère (je sais plus comment ils s'appelle) au bord d'un trottoir, plus ou moins en train de demander de l'argent. Grâce au t-shirt, ils m'invitent à boire un coup et me préviennent tout de suite: "nous sommes ce qu'il y a de pire dans la société", et ils insistent, même si je leur dis que ce n'est pas forcément ceux qui l'affirment à voix haute qui sont les pires. Il y en a un qui travaille dans une pizzeria, mais traîne avec les deux autres à la pause de midi. Il y en a un qui fait un peu la manche au feu rouge pour payer sa petite chambre. Et un qui ramasse plus de fric que tous les autres réunis parce qu'il est grande gueule, un peu clown, toujours en train de parler, c'est le seul à avoir un cellulaire.
La crise argentine de 2001 c'est ça aussi, les frontières entre les niveaux de la société sont un peu brouillées, la classe moyenne a souffert et un type peut se retrouver dehors mais toujours avec son boulot et son cellulaire.

Ensuite, je suis allé au parc sur la place Malabia, dans le quartier Palermo où j'ai l'école de photo. Il y avait un groupe de musiciens qui jouait des chansons mexicaines, de Chavela Vargas et d'autres rancheras. Je me suis assis et j'ai écouté.
Puis est arrivé Lua, de Rio de Janeiro avec son pandeiro. On a discuté et ensuite on a joué avec les musiciens. Lua, c'est aussi un mec marrant. Très extraverti, avec un accent brésilien meilleur que Chico, il est capable de raconter trois histoires différentes en même temps pendant qu'il parle avec son être supérieur (environ 3 signes de croix en 15 secondes). Apparemment, il est tellement amoureux des argentines qu'il ne va plus rentrer au Brésil. Moi, j'irais voir les deux avant de me décider... Après la musique, on a bu du maté offert par des jeunes cordobesas (province de Cordoba, au centre de l'Argentine) du style qui rendait fou mon ami Lua. Mais elles étaient vraiment jeunes, très jeunes (je peux pas dire ici), on n'a fait que boire du maté... Sinon, avec Lua, j'ai connu toutes les vendeuses de collier et de bracelets de la place, j'ai traîné sous l'échangeur et le pont de la voie ferrée où il cherchait un mec qui pourrait lui vendre un peu d'herbe et pour finir, il voulait m'emmener dans une soirée dans un endroit brésilien.


En temps normal, je serais allé, mais là j'avoue que je commençais à en avoir un peu marre de traîner dehors et j'avais peur du plan loose du mardi soir. J'avais faim aussi, et il fallait que je parle à la fille de la pension pour prolonger ma réservation. Mais je pense que je rappellerai Lua un de ces jours.

Il y a des jours comme ça qui sont faits pour traîner. On peut pas faire grand chose, à part se laisser dériver. Mais toujours en état d'alerte...

Cuba! Cuba! Cuba! la lucha continua.